Le 3 novembre 1870, les premières troupes prussiennes du général August von Werder encerclent Belfort. Cent quatre jours plus tard, le 15 février 1871, la garnison française quitte la ville les armes à la main, sous les regards stupéfaits de ses vainqueurs qui n’ont jamais réussi à prendre la place de force. C’est l’un des épisodes les plus extraordinaires de toute la guerre franco-prussienne, et le fondement même de l’identité du Territoire de Belfort.
Pour comprendre comment une ville assiégée par 40 000 soldats prussiens a pu résister 104 jours avec 17 500 défenseurs, nous avons rencontré le Dr. Mathieu Chabert, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Franche-Comté et auteur de la référence universitaire sur ce sujet. Il nous reçoit dans son bureau à Besançon, entouré de cartes militaires d’époque et d’archives numérisées, pour décrypter cette page d’histoire exceptionnelle à l’occasion des commémorations de 2026.
Dr. Mathieu Chabert — Historien militaire, maître de conférences à l'Université de Franche-Comté. Spécialiste de la guerre franco-prussienne 1870-1871. Auteur de Denfert-Rochereau et la résistance de Belfort (PUFC, 2019).
La guerre de 1870 et le contexte du siège
Claire Vasseur : Dr. Chabert, pour nos lecteurs qui découvrent cet épisode, pouvez-vous nous expliquer pourquoi Belfort est devenue un enjeu si crucial dans la guerre de 1870 ? La ville n’est pas Paris, elle n’est pas Strasbourg — pourquoi les Prussiens ont-ils mobilisé 40 000 hommes pour l’assiéger ?
Dr. Mathieu Chabert : Il faut bien comprendre que Belfort n’est pas une ville ordinaire sur l’échiquier militaire de l’époque. Elle contrôle le couloir entre les Vosges et le Jura — la trouée de Belfort, que les géographes appellent aussi la porte de Bourgogne. Qui tient Belfort tient la clé de passage entre le Rhin alsacien et la plaine française. Stratégiquement, la place est donc d’une importance considérable pour les communications et les mouvements de troupes.
Au moment où le siège commence, le 3 novembre 1870, la situation française est catastrophique. Sedan a vu la capitulation de Napoléon III le 2 septembre. Paris est assiégée depuis le 19 septembre. Les armées de province se reforment mais subissent défaite après défaite. Dans ce contexte de désastre, la prise rapide de Belfort permettrait aux Prussiens de dégager des troupes pour d’autres fronts et de sécuriser définitivement leur flanc sud en Alsace, qu’ils entendent bien annexer.
Ce qui est remarquable, c’est que le général von Werder dispose de forces nettement supérieures — entre 40 000 et 45 000 hommes selon les phases du siège, appuyés par une artillerie de siège lourde. Face à lui, Denfert-Rochereau ne peut compter que sur 17 500 défenseurs, dont une proportion significative de gardes nationaux et de mobilisés sans grande expérience militaire. L’asymétrie aurait dû conduire à une reddition rapide, comme ce fut le cas pour Strasbourg, tombée le 27 septembre 1870 après seulement 46 jours de siège. Il n’en fut rien, et c’est là que commence la vraie histoire de Belfort.
Les fortifications de Vauban à l’épreuve du feu prussien
Claire Vasseur : Justement, les fortifications jouent un rôle central dans la résistance. La Citadelle de Belfort datait du XVIIe siècle au moment du siège — comment des fortifications vieilles de deux cents ans ont-elles pu résister à l’artillerie prussienne moderne de 1870 ?
Dr. Mathieu Chabert : C’est un point que je dois nuancer avec soin, car on cède facilement au mythe de Vauban tout-puissant. En 1870, les bastions de Vauban ont effectivement deux siècles d’existence. Les canons prussiens de 1870 — notamment le fameux Krupp en acier fondu — tirent des obus avec une précision et une puissance de destruction sans commune mesure avec les boulets de fonte de l’ère classique. Techniquement, les murailles bastionnées de Vauban ne sont plus adaptées à l’artillerie rifled de la guerre industrielle.
Ce qui sauve Belfort, c’est la modernisation réalisée entre 1861 et 1868 par le système Séré de Rivières. L’ingénieur militaire Raymond Adolphe Séré de Rivières a fait construire une ceinture de forts détachés sur les hauteurs dominant la ville — les forts des Barres, de la Miotte, de la Justice, du Salbert. Ces ouvrages avancés, implantés entre 1,5 et 3 km du noyau central, obligent les Prussiens à disperser leur artillerie et leurs assauts sur plusieurs objectifs simultanément.
Le Grand Souterrain, creusé dans le rocher de grès rose, joue également un rôle crucial : il permet de déplacer des troupes et du matériel à l’abri des bombardements, de nuit comme de jour. Denfert-Rochereau exploite cette infrastructure avec une intelligence tactique remarquable, créant l’effet de surprise lors de sorties offensives qui déstabilisent régulièrement l’assiégeant.
Il faut aussi mentionner la topographie : le rocher de grès rose sur lequel s’appuie la citadelle confère une élévation naturelle de 40 mètres sur la plaine environnante. Un assaut frontal depuis le bas serait tout simplement suicidaire. Les archives militaires prussiennes montrent que von Werder a rapidement renoncé à l’attaque directe pour se concentrer sur un blocus et un bombardement systématique — stratégie qui s’est avérée insuffisante.
La stratégie défensive de Denfert-Rochereau
Claire Vasseur : Parlons du commandant en chef. Denfert-Rochereau — quel type de commandant était-il, et quelle stratégie a-t-il développée pour tenir aussi longtemps ?
Dr. Mathieu Chabert : Voyez-vous, Denfert-Rochereau n’est pas un général de cavalerie fougueux. C’est un ingénieur du génie, méthodique, froid dans ses calculs, profondément républicain dans ses convictions. Il est arrivé à Belfort en février 1870, neuf mois avant le début du siège, avec pour mission de renforcer les défenses de la place. Il a donc eu le temps de connaître chaque pouce du terrain, chaque point fort et chaque vulnérabilité de la position.
Sa stratégie repose sur trois piliers. Le premier est une défense active, pas passive. Il n’attend pas que les Prussiens viennent frapper à ses portes — il organise des sorties régulières pour harceler l’ennemi, détruire ses travaux d’approche, capturer des prisonniers qui fournissent du renseignement. Entre novembre 1870 et février 1871, les archives dénombrent plus de 120 sorties offensives de différentes ampleurs. C’est considérable pour une garnison en position de faiblesse numérique.
Le deuxième pilier est la gestion rigoureuse des ressources. Dès les premières semaines, Denfert-Rochereau rationne les vivres, les munitions, le fourrage. Il constitue des réserves stratégiques et prévoit une résistance longue. Les archives militaires montrent qu’au moment de la reddition, la garnison disposait encore de munitions pour plusieurs semaines de combat — preuve d’une gestion exceptionnellement prudente.
Le troisième pilier est le moral collectif. Denfert-Rochereau est présent sur les remparts sous les bombardements. Il partage les conditions de vie de ses soldats. Il communique régulièrement avec la population civile, lui explique la situation réelle sans mentir, mais en maintenant l’espoir. Ses proclamations conservées aux archives départementales sont des modèles de communication de crise — directes, honnêtes, mobilisatrices.

La vie dans la ville assiégée pendant 104 jours
Claire Vasseur : On parle beaucoup de la garnison militaire, mais 18 000 civils vivaient aussi dans Belfort assiégée. Comment la population a-t-elle vécu ces 104 jours ?
Dr. Mathieu Chabert : C’est un aspect que l’historiographie a longtemps négligé au profit du récit militaire, et que mes recherches ont tenté de rééquilibrer. La population civile belfortaine — environ 12 000 à 18 000 personnes selon les périodes, beaucoup de réfugiés s’étant joints aux habitants — a joué un rôle absolument central dans la résistance.
Les conditions de vie dans la ville assiégée se dégradent progressivement et sévèrement. Les bombardements prussiens, particulièrement intenses en décembre 1870 et janvier 1871, détruisent ou endommagent plusieurs centaines de bâtiments. Des quartiers entiers sont ravagés. Les habitants descendent dans les caves pour se protéger des obus et y vivent des semaines entières. Les témoignages de l’époque — journaux personnels, lettres passées en fraude hors de l’enceinte — décrivent une atmosphère de bout du monde, mêlant terreur et résolution.
Le ravitaillement devient critique à partir de décembre. La viande se raréfie. Le pain est rationné. Des recettes de fortune apparaissent dans les carnets de ménagères belfortaines : on mange des chevaux, des chiens, du pain mélangé à de la sciure de bois pour tenir les volumes. Ce n’est pas unique aux sièges — Paris vécut la même chose — mais les archives locales permettent de mesurer la souffrance quotidienne avec une précision saisissante.
Ce qui est remarquable, c’est que malgré cette misère, la cohésion sociale tient. Il n’y a pas d’émeutes pour la nourriture, pas de mouvements de capitulation forcée. La population soutient activement la garnison : les femmes soignent les blessés dans des hôpitaux de fortune, les artisans réparent le matériel militaire, les adolescents servent comme agents de liaison. Ce soutien civil total est l’un des facteurs déterminants de la durée de la résistance.
Les combats et les sorties offensives
Claire Vasseur : Vous avez mentionné 120 sorties offensives. Pouvez-vous nous décrire comment se déroulaient ces actions ? Y a-t-il des combats particulièrement décisifs pendant ces 104 jours ?
Dr. Mathieu Chabert : Les sorties belfortaines ont une fonction double : tactique et psychologique. Tactiquelement, elles perturbent les travaux d’approche prussiens — les tranchées, les batteries d’artillerie, les dépôts de munitions que les assiégeants construisent méthodiquement pour rapprocher leur artillerie de la place. Psychologiquement, elles rappellent à la garnison qu’elle n’est pas condamnée à l’attente passive — elle peut agir, frapper, prendre l’initiative.
L’action la plus marquante est sans doute celle du 23 décembre 1870. Denfert-Rochereau envoie deux colonnes en sortie simultanée pour détruire une batterie prussienne qui bombarde la ville depuis le village de Pérouse, à 4 km au nord-ouest. L’opération est un succès partiel : la batterie est mise hors de combat pendant plusieurs jours, et 200 prisonniers prussiens sont ramenés dans la ville. Ces prisonniers ont une valeur stratégique : ils fournissent des informations sur les effectifs ennemis et les intentions prussiennes.
Il y a aussi des moments douloureux. L’assaut prussien sur le fort des Barres le 3 janvier 1871 est repoussé, mais au prix de lourdes pertes. Les ouvrages des forts de ceinture de la ceinture défensive résistent à des assauts répétés, mais chaque combat coûte des défenseurs que Denfert-Rochereau ne peut pas se permettre de perdre. Sa hantise constante est l’usure : tenir le plus longtemps possible avec des effectifs qui ne peuvent être remplacés, face à un ennemi qui peut faire tourner ses troupes.
Les archives militaires montrent que la garnison a perdu environ 1 200 hommes tués et 3 000 blessés graves sur les 104 jours — des pertes importantes pour une garnison de 17 500 hommes, mais très inférieures à ce que l’asymétrie de forces aurait pu laisser craindre.
La capitulation honorable du 15 février 1871
Claire Vasseur : Le 15 février 1871, Belfort rend les armes. Mais la scène de la reddition est, paraît-il, extraordinaire. Racontez-nous ces dernières heures.
Dr. Mathieu Chabert : Ce moment est l’un des plus bouleversants de tout le conflit de 1870-1871, et les archives l’ont bien conservé. L’armistice général a été signé le 28 janvier à Paris, mais Denfert-Rochereau n’en reçoit confirmation officielle que le 13 février — et encore, il exige les documents en bonne et due forme avant d’obtempérer. Il n’est pas question pour lui de capituler sur la foi d’une simple dépêche.
Les négociations pour les conditions de la reddition durent deux jours. Denfert-Rochereau obtient les honneurs militaires complets : la garnison sortira avec ses armes, ses drapeaux déployés, ses tambours battants. C’est une reconnaissance formelle par les vainqueurs que Belfort n’a pas été prise — qu’elle a rendu les armes sur ordre politique, pas sous la contrainte militaire. Pour l’époque, c’est une concession extraordinaire. Voyez-vous, les honneurs militaires accordés à un assiégé, c’est quelque chose qui n’arrive presque jamais. C’est l’aveu par les Prussiens eux-mêmes qu’ils n’ont pas gagné ce siège.
La sortie a lieu le 15 et le 16 février. La garnison défile par la porte de Brisach, en direction de la France non occupée. Des milliers de spectateurs sont massés sur les deux côtés de la route — civils belfortains, soldats prussiens. Les témoignages concordent : un silence impressionnant règne pendant le défilé. Certains soldats prussiens saluent spontanément le colonel Denfert-Rochereau au passage. Des femmes belfortaines pleurent. Des soldats français passent tête haute, sans baisser les yeux.
Un détail que j’aime particulièrement : plusieurs témoignages rapportent que Denfert-Rochereau, lors de ce défilé, porte son képi légèrement incliné sur le côté — geste coutumier chez lui, dont ses soldats avaient appris à reconnaître qu’il signifiait la satisfaction. Même dans la défaite, même en rendant les armes, il transmet un message : nous n’avons pas à avoir honte.

Pourquoi Belfort n’a pas été annexée — le traité de Francfort
Claire Vasseur : C’est l’une des conséquences les plus surprenantes de ce siège : au traité de Francfort, en mai 1871, Belfort n’est pas annexée à l’Allemagne alors que toute l’Alsace et une partie de la Lorraine le sont. Comment cela s’est-il produit ?
Dr. Mathieu Chabert : C’est là que la résistance militaire se transforme en argument diplomatique, et c’est fascinant à analyser. En février 1871, au moment où Adolphe Thiers négocie les conditions de paix définitives avec Bismarck à Versailles, Belfort constitue un cas particulier dans le paysage des défaites françaises. C’est la seule place forte d’Alsace-Lorraine qui n’ait pas été prise par les armes. Elle a rendu les armes sur ordre du gouvernement, pas sous la contrainte militaire — et Bismarck lui-même doit en convenir.
Thiers exploit habilement cet argument. Il insiste : Belfort n’a pas été conquise, elle a capitulé sur ordre politique. L’exempter de l’annexion n’est donc pas un aveu de faiblesse prussienne — c’est reconnaître une réalité militaire que les archives documentent. Il propose à Bismarck un échange : en contrepartie de l’exemption de Belfort, la France accepte la marche triomphale prussienne dans Paris, longtemps repoussée. Bismarck, qui tient à cette démonstration symbolique pour son opinion publique intérieure, accepte le compromis.
C’est un moment historique unique : une résistance militaire qui se transforme directement en gain diplomatique. Si Belfort avait capitulé en décembre 1870 comme Strasbourg, rien dans la négociation de Francfort ne lui aurait accordé un traitement différent des autres villes alsaciennes. Les 104 jours de résistance sont donc directement responsables de l’existence du Territoire de Belfort tel que nous le connaissons.
La décision officielle est inscrite dans l’article premier du traité de Francfort du 10 mai 1871 : Belfort et une circonscription d’une dizaine de communes restent françaises, en échange de la cession définitive de l’Alsace-Moselle. Une date fondatrice.
La mémoire du siège et l’héritage pour le Territoire de Belfort
Claire Vasseur : Plus de 150 ans après, comment la mémoire du siège de 1870 est-elle entretenue ? Et quelle est son importance pour l’identité actuelle du Territoire de Belfort ?
Dr. Mathieu Chabert : La mémoire du siège de 1870 est proprement constitutive de l’identité belfortaine — ce n’est pas une formule rhétorique, c’est une réalité administrative et culturelle. Le Territoire de Belfort n’existe que parce que 17 500 hommes ont résisté 104 jours. Chaque Belfortain sait cela, l’apprend à l’école, le voit rappelé par le Lion de Bartholdi qui veille sous la citadelle depuis 1880.
Cette mémoire est entretenue par des institutions solides. Les commémorations du 15 novembre — anniversaire du début du siège — rassemblent chaque année des représentants officiels, des associations d’anciens combattants, des classes scolaires et des acteurs culturels de la région Franche-Comté. Le musée d’Histoire de Belfort, installé dans la citadelle même, consacre une salle entière au siège de 1870, avec des armes, des uniformes, des documents d’époque qui permettent au visiteur de toucher du doigt la réalité matérielle de ces 104 jours.
Les associations de mémoire jouent aussi un rôle que j’estime crucial. Préserver la mémoire des soldats de 1870 est un travail collectif qui dépasse les frontières du Territoire de Belfort. Des bénévoles passionnés numérisent des archives, entretiennent des sépultures, organisent des conférences. Ce tissu associatif est le garant que la mémoire du siège reste vivante, concrète, accessible — pas une abstraction historique.
Ce qui me touche personnellement dans ce travail de mémoire, c’est qu’il n’est pas nostalgique ou revanchiste. La mémoire du siège de Belfort n’alimente pas un ressentiment contre l’Allemagne — ces temps sont révolus. Elle nourrit plutôt une fierté civique saine, le sentiment que les Belfortains sont les héritiers d’une communauté qui a su faire face à l’adversité, qui a tenu quand tout s’effondrait autour d’elle. C’est une ressource morale d’une valeur considérable pour une société contemporaine.
La mémoire militaire belfortaine est ainsi vivante et en bonne santé, ancrée dans des lieux — la citadelle, les forts, le Lion — et dans des pratiques commémoratives qui se renouvellent à chaque génération.
5 idées reçues sur le siège de Belfort — vrai ou faux
Claire Vasseur : Pour terminer, Dr. Chabert, voici cinq affirmations courantes sur le siège de Belfort. Vrai ou faux ?
Dr. Mathieu Chabert :
Belfort a tenu 103 jours, comme Paris. — FAUX. Paris a capitulé le 28 janvier 1871, après 131 jours de siège. Belfort a rendu les armes le 15 février, après 104 jours. Les deux sièges sont contemporains mais distincts. La confusion vient de ce que la garnison de Belfort aurait pu continuer à résister après l’armistice du 28 janvier — elle disposait encore de munitions et de vivres pour plusieurs semaines.
Denfert-Rochereau a reçu le surnom de “Lion de Belfort” de son vivant. — PARTIELLEMENT FAUX. Le surnom lui est attribué après le siège, et le Lion de Bartholdi — inauguré en 1880, deux ans après la mort de Denfert-Rochereau en 1878 — cristallise cette symbolique. Denfert-Rochereau n’a donc jamais vu son monument achevé. Le lion comme métaphore de sa résistance émerge dans la presse française dès 1871, mais le monument monumental de Bartholdi est posthume.
Les Prussiens ont manqué de munitions pour prendre Belfort d’assaut. — FAUX. Les archives militaires prussiennes montrent qu’en décembre 1870, les batteries d’artillerie de siège prussiennes tirent jusqu’à 5 000 obus par jour sur la ville. Ce n’est pas une question de moyens matériels : c’est la position défensive qui rend l’assaut frontal impraticable et le blocus insuffisant pour forcer une capitulation rapide.
La garnison de Belfort était composée uniquement de soldats réguliers de l’armée française. — FAUX. Sur les 17 500 défenseurs, moins de la moitié sont des soldats réguliers de ligne. Le reste se compose de gardes mobiles (mobilisés de réserve), de gardes nationaux sédentaires, de francs-tireurs et de volontaires civils. Cette hétérogénéité est l’un des défis permanents de Denfert-Rochereau, qui doit maintenir la cohésion d’une force très disparate.
La résistance de Belfort a été décisive dans le maintien de la ville en France. — VRAI. Sans les 104 jours de résistance, Thiers n’aurait eu aucun argument militaire pour préserver Belfort de l’annexion lors des négociations de Francfort. La capitulation précoce de Strasbourg (46 jours de siège) n’a pas empêché son annexion à l’Empire allemand. La durée et la qualité de la résistance belfortaine sont le seul facteur qui distingue son sort de celui des autres villes alsaciennes.
Les 3 choses essentielles à retenir
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Le siège de Belfort n’est pas qu’une victoire militaire partielle — c’est un acte fondateur. Les 104 jours de résistance sont directement responsables de l’existence du Territoire de Belfort en tant qu’entité administrative française distincte. Sans eux, Belfort suivait le sort de Strasbourg et de Mulhouse : annexée à l’Empire allemand jusqu’en 1918.
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Denfert-Rochereau n’est pas un héros solitaire, mais un chef qui a révélé la force collective. Sa grandeur est d’avoir su transformer une garnison hétérogène — soldats réguliers, gardes mobiles, civils armés — en une communauté de résistance soudée. Les 104 jours de Belfort sont une victoire du tissu social autant que du génie militaire.
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Les fortifications ne gagnent pas les sièges seules — les hommes les rendent efficaces. La citadelle de Vauban et les forts de Séré de Rivières ont offert un cadre défensif remarquable, mais c’est l’intelligence tactique de Denfert-Rochereau — les sorties offensives, la gestion des ressources, l’entretien du moral — qui a transformé ces pierres en instrument de résistance durable.
Le Dr. Mathieu Chabert est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Franche-Comté (Besançon). Il est l’auteur de Denfert-Rochereau et la résistance de Belfort (Presses Universitaires de Franche-Comté, 2019) et de nombreux articles de recherche sur la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Cet entretien a été réalisé en juin 2026 pour l’Encyclopédie du patrimoine de Belfort.