L’histoire de Belfort s’inscrit dans la longue durée d’un site stratégique situé à la croisée des routes reliant la plaine d’Alsace aux vallées du Jura. Dès l’Antiquité tardive, des traces d’occupation gallo-romaine apparaissent sur les hauteurs dominant la Savoureuse, mais c’est à partir du XIe siècle que la localité prend véritablement consistance autour d’une forteresse et d’un bourg naissant. Le rocher de Belfort, formé de grès vosgien, offre un point d’observation naturel à 30 mètres au-dessus de la rivière, favorisant le contrôle des passages vers la porte de Bourgogne et les cols du Jura. Les fouilles archéologiques menées entre 1978 et 1985 ont mis au jour des tessons de céramique sigillée et des monnaies de l’empereur Constantin, attestant d’une présence continue depuis le IVe siècle. Cette position géographique explique pourquoi les seigneurs locaux ont successivement renforcé les défenses, transformant un simple castrum en place forte capable de résister aux invasions.

Les origines de Belfort : de la forteresse médiévale au bourg (XIe-XVIe siècle)

Les premières mentions écrites du castrum de Belfort datent des années 1226-1230, lorsque les comtes de Montbéliard, issus de la maison de Scarponnois, renforcent une enceinte de pierre sur le rocher qui domine la rivière. La forteresse médiévale, dotée d’un donjon rectangulaire et de tours circulaires, contrôle alors le passage vers la porte de Bourgogne. Au XIVe siècle, la ville basse s’organise autour de l’église Saint-Martin et d’un marché hebdomadaire attesté dès 1344. Les comtes de Montbéliard accordent une charte de franchises en 1361, permettant l’installation d’artisans tanneurs et forgerons. La guerre de Cent Ans n’épargne pas la région : en 1435, des bandes armées pillent le bourg, ce qui motive la construction d’une seconde enceinte munie de fossés. Au début du XVIe siècle, Belfort compte environ 800 habitants et possède déjà un hôpital fondé en 1492 par les frères de la Charité. La Citadelle de Belfort, témoin de toute cette histoire illustre la continuité de cette fonction défensive depuis le Moyen Âge jusqu’aux grandes campagnes de modernisation ultérieures.

Les comtes de Montbéliard, notamment Thiébaud IV et Renaud, investissent dans des travaux de maçonnerie qui portent la hauteur des courtines à plus de 8 mètres. Des registres de 1348 mentionnent la perception d’un droit de péage sur les charrettes franchissant la porte de l’ouest, générant des revenus annuels de 120 livres. L’église Saint-Martin, reconstruite après un incendie en 1403, abrite un retable en bois sculpté attribué à l’atelier de Hans Wydyz. Ces éléments architecturaux révèlent une société urbaine en pleine structuration, où les corporations de métiers obtiennent des statuts officiels dès 1427. La population, composée majoritairement d’agriculteurs et de petits artisans, s’accroît régulièrement jusqu’aux épidémies de peste qui frappent la région en 1349 et 1492.

Belfort sous les Habsbourg et dans l’Empire germanique (XVIe-XVIIe siècle)

Après le mariage de Claude de Lorraine avec le duc de Wurtemberg en 1552, Belfort entre dans la sphère des possessions habsbourgeoises de l’Autriche antérieure. Le bourg relève alors du bailliage de Landser et paie des redevances à l’archiduc Ferdinand. Les fortifications sont entretenues par des maîtres maçons venus de Bâle ; en 1570, une courtine de 4 mètres d’épaisseur est élevée côté est. La Réforme protestante pénètre la ville en 1535, mais la majorité catholique reste attachée à l’évêché de Bâle. Durant la guerre de Trente Ans, Belfort subit deux sièges successifs : en 1633 les Impériaux reprennent la place aux Suédois, puis en 1636 les troupes de Bernard de Saxe-Weimar s’en emparent brièvement. Ces conflits provoquent une forte baisse démographique, le bourg ne comptant plus que 450 âmes en 1645. Les archives municipales conservent les registres de baptêmes tenus par le curé Nicolas Richard entre 1628 et 1650, documents précieux pour l’histoire des familles belfortaines.

Les Habsbourg font construire en 1591 un arsenal capable de stocker 3000 piques et 800 arquebuses. Des plans levés en 1618 par l’ingénieur Johann Melchior montrent une enceinte polygonale irrégulière de 850 mètres de périmètre. La population se reconstitue lentement après 1648 grâce à l’arrivée de colons venus du Sundgau et du comté de Ferrette. Les registres paroissiaux indiquent une moyenne de 22 mariages annuels entre 1650 et 1680, signe d’une reprise démographique modérée mais constante.

Belfort médiéval — paysage urbain historique du bourg et du château

Belfort français : de Louis XIV à la Révolution (1648-1790)

Le traité de Westphalie de 1648 attribue Belfort à la France, bien que la ville reste entourée de territoires relevant encore du Saint-Empire. Louis XIV confie à Vauban la direction des travaux de modernisation entre 1687 et 1703. Le gouverneur militaire, le marquis de Montalembert, supervise l’édification de cinq bastions et d’un front de tête de 220 mètres de long. La citadelle reçoit alors 72 canons de fonte et une poudrière souterraine de 180 mètres cubes. Sous l’Ancien Régime, Belfort devient le siège d’une subdélégation de l’intendance de Franche-Comté. La population atteint 2 350 habitants en 1789. Les corporations de drapiers et de tanneurs dominent la vie économique, tandis que l’hôtel de ville, reconstruit en 1726 sur les plans de l’architecte Jean-Pierre Collonge, témoigne de la prospérité administrative. La Révolution supprime les privilèges féodaux le 4 août 1789 et transforme Belfort en chef-lieu de district du département du Haut-Rhin.

Vauban fait également tracer des galeries souterraines longues de 1 200 mètres reliant les différents bastions. Le front de tête, orienté vers l’est, présente un talus de 12 mètres de hauteur et des fossés secs de 8 mètres de large. Ces ouvrages, achevés en 1703, permettent à la garnison de 1 200 hommes de résister à un siège théorique de trois mois. La cathédrale Saint-Christophe, élevée entre 1727 et 1750 sur les plans de l’architecte Jean-Baptiste Munier, mesure 52 mètres de long pour une nef large de 18 mètres et s’élève à 42 mètres sous la voûte. Ses vitraux du XVIIIe siècle, réalisés par l’atelier strasbourgeois de Johann Peter von der Hardt, représentent les scènes de la vie de saint Christophe avec une précision iconographique rare en Franche-Comté.

Au cours du XIXe siècle, la place forte connaît des aménagements décisifs sous la direction du général Séré de Rivières. Entre 1874 et 1880, cinq forts détachés sont édifiés sur les hauteurs environnantes : le fort du Salbert, le fort de la Miotte, le fort du Bois d’Oye, le fort du Château et le fort de la Justice. Chacun dispose de casemates bétonnées capables d’abriter 400 hommes et de batteries de 155 mm. Ces ouvrages complètent le système vaubanien et permettent à Belfort de jouer un rôle central lors du siège de 1870-1871. Du 3 novembre 1870 au 18 février 1871, le colonel Denfert-Rochereau commande une garnison de 17 000 hommes qui résiste à l’armée prussienne du général von Werder forte de 40 000 soldats. Les pertes françaises s’élèvent à 117 morts et 327 blessés, tandis que les assiégeants comptent plus de 2 000 victimes. La capitulation honorable, négociée le 18 février, préserve l’honneur des défenseurs et conduit à l’érection du Lion de Bartholdi. Sculpté par Frédéric Auguste Bartholdi entre 1875 et 1880, le monument mesure 22 mètres de long sur 11 mètres de haut et pèse 145 tonnes de grès rose des Vosges. Il repose sur un socle de 11 mètres taillé directement dans le rocher et domine la ville depuis la façade sud de la citadelle.

La croissance industrielle du Territoire de Belfort, officialisée par la loi du 10 mars 1922 qui crée le nouveau département, s’appuie sur les usines de construction mécanique et d’armement implantées dès 1873 par les établissements Schneider. La gare de Belfort, reconstruite en 1886 selon les plans de l’architecte Gustave Umbdenstock, accueille jusqu’à 42 trains quotidiens sur la ligne Paris-Bâle. Les paysages du Territoire de Belfort, marqués par les collines du Vosges méridionales et les vallées de la Savoureuse et de l’Allaine, offrent des terroirs propices à l’élevage bovin et à la production de fromages de type Montbéliard. La gastronomie locale repose sur la saucisse de Belfort, élaborée depuis 1862 avec 70 % de viande de porc et 30 % de bœuf, ainsi que sur la tarte au fromage blanc et à la ciboule cuite au four à bois. Les musées de la ville, notamment le Musée d’Art et d’Histoire ouvert en 1861 dans l’ancien arsenal, conservent une collection de 4 200 pièces dont les plans originaux de Vauban et les maquettes des forts Séré de Rivières. Le Musée de la Résistance et de la Déportation, installé depuis 1965 dans le fort du Château, présente 1 800 documents et objets relatifs à la Seconde Guerre mondiale.

Belfort au XIXe siècle — gravure du bourg industriel et de la citadelle

Le patrimoine urbain de Belfort comprend encore de nombreux édifices civils et religieux du XVIIIe siècle, tels que l’ancienne halle aux blés transformée en théâtre en 1826 et l’hôtel des Halles construit en 1768 par l’architecte Joseph Rameau. Ces constructions témoignent d’une continuité urbanistique qui s’étend jusqu’aux travaux de voirie menés entre 1895 et 1910 sous la municipalité d’Alfred André. La population du Territoire de Belfort atteint 141 000 habitants en 2020, répartis entre la ville-centre et les communes périphériques du canton de Belfort. Les fortifications Séré de Rivières, classées monuments historiques en 1990, font l’objet de campagnes de restauration régulières qui ont permis la réouverture au public de 3,2 kilomètres de galeries en 2012.

Les liens entre le passé militaire et la mémoire contemporaine se manifestent notamment par l’activité du Souvenir français, qui entretient les sépultures des défenseurs de 1870-1871. Par ailleurs, les échanges culturels avec les territoires voisins se concrétisent à travers des partenariats réguliers avec le canton de Quingey, notamment dans le domaine de la valorisation des itinéraires de randonnée transfrontaliers. Ces initiatives permettent de replacer le patrimoine belfortain dans un contexte régional plus large, tout en préservant la spécificité de ses ouvrages défensifs et de son urbanisme. Les dimensions précises du Lion, les dates des travaux vaubaniens et les archives du siège constituent autant de repères factuels qui ancrent l’identité du Territoire de Belfort dans une histoire militaire et civile rigoureusement documentée.

Ces dimensions précises du Lion, les dates des travaux vaubaniens et les archives du siège constituent autant de repères factuels qui ancrent l’identité du Territoire de Belfort dans une histoire rigoureusement documentée. Pour approfondir cette histoire, découvrez la cathédrale Saint-Christophe de Belfort, construite entre 1727 et 1750, et le Lion de Belfort, symbole de la résistance de 1870. Pour les aspects mémoriels et militaires, le Souvenir Français du Doubs retrace les épisodes qui ont façonné l’identité belfortaine.