Belfort traverse depuis plusieurs décennies une transformation profonde de son appareil productif. La ville, longtemps associée aux locomotives et aux turbines, a vu ses grands sites industriels réduire leurs effectifs à partir des années 1980. Entre 1982 et 1995, le bassin a perdu près de 8 000 emplois dans la métallurgie lourde. Face à ce déclin, les acteurs locaux ont choisi de miser sur la formation supérieure et la recherche appliquée pour attirer de nouvelles activités. Le pilier Territoire de Belfort reste central dans cette stratégie, car il concentre à la fois les financements régionaux et les partenariats avec les entreprises. Les fermetures successives des hauts-fourneaux de la vallée de la Savoureuse et le départ progressif des chaînes d’assemblage de matériel ferroviaire ont contraint les collectivités à repenser leur modèle. Des études menées par l’INSEE en 1997 montraient déjà que la part des emplois industriels avait chuté de 12 points en quinze ans, obligeant les décideurs à anticiper une reconversion vers l’économie de la connaissance. En 1989, la fermeture de l’aciérie de Châtenois par exemple avait entraîné le licenciement direct de 1 150 personnes et une baisse de 18 % des recettes fiscales de la commune en deux ans, forçant les élus à négocier dès 1991 un premier protocole de reconversion avec le ministère de l’Industrie.
La création de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard
L’UTBM voit le jour en 1999 par la fusion de l’École nationale d’ingénieurs de Belfort et de l’Institut polytechnique de Sevenans. Dès sa première année, l’établissement accueille 650 étudiants. Le projet s’inscrit dans le plan U2000 du ministère de l’Enseignement supérieur, qui vise à créer des universités de technologie en province. Le site principal s’installe sur le campus de Sevenans, tandis qu’une antenne est maintenue à Belfort intra-muros. Les premiers laboratoires sont dotés d’équipements de métrologie et de simulation numérique financés à hauteur de 12 millions de francs par l’État et le conseil régional. En 2005, l’UTBM intègre le réseau des universités de technologie aux côtés de Compiègne et de Troyes, ce qui lui permet d’accéder à des contrats de recherche européens. La construction du bâtiment C, inauguré en 2002, a nécessité trois ans de travaux et l’installation d’une soufflerie subsonique capable de tester des profils aérodynamiques jusqu’à 250 km/h. Parallèlement, le conseil d’administration a voté en 2003 la création d’un service de valorisation de la recherche qui a déposé, en cinq ans, seize brevets liés à l’usinage de précision des aciers spéciaux. Le premier de ces brevets, déposé en 2004, concernait un procédé de trempe laser permettant d’augmenter de 40 % la durée de vie des engrenages de turbines à gaz, une innovation reprise ensuite par plusieurs équipementiers aéronautiques.
L’implantation de l’UTBM a également modifié le tissu urbain de Sevenans. La commune a dû construire une nouvelle halte ferroviaire et une passerelle piétonne reliant le campus à la gare de Belfort-Montbéliard TGV. Ces infrastructures, livrées en 2004, ont coûté 8,7 millions d’euros et ont été cofinancées par la SNCF et la région. Aujourd’hui encore, le rythme des navettes entre les deux sites reste élevé : plus de 1 200 trajets étudiants sont enregistrés chaque jour de semaine. En 2018, la ligne de bus dédiée a été doublée de fréquence après une pétition signée par 870 usagers, illustrant la pression démographique exercée par l’école sur le territoire.
Les filières phares de l’UTBM
L’école propose aujourd’hui cinq spécialités d’ingénieur : énergie, mécanique, informatique, mécatronique et génie industriel. La filière énergie forme chaque année 180 diplômés, dont 35 % effectuent leur stage de fin d’études chez General Electric ou chez Framatome. La spécialité informatique, créée en 2008, compte 220 étudiants et dispose d’un partenariat avec l’IRT SystemX pour les projets de cybersécurité industrielle. Les formations en apprentissage représentent 28 % des effectifs depuis 2016, avec des contrats signés notamment avec PSA et Alstom. Le taux d’insertion professionnelle à six mois atteint 94 % selon les enquêtes de la Conférence des grandes écoles. La filière mécatronique, lancée en 2011, a rapidement trouvé son public : 142 étudiants y sont inscrits en 2024 et travaillent sur des projets de cobotique collaborative avec l’entreprise Siléane. Les promotions 2019 à 2023 ont vu 47 % des apprentis embauchés directement par leur entreprise d’accueil, un chiffre qui dépasse la moyenne nationale des écoles d’ingénieurs de 11 points.
Les laboratoires pédagogiques ont également évolué. Le plateau « Usine du futur », équipé en 2019 de quatre robots collaboratifs et d’une ligne d’assemblage modulaire, a reçu 2,4 millions d’euros de subventions du programme France 2030. Les étudiants y réalisent des maquettes de jumeaux numériques qui sont ensuite testées sur les sites de production de Framatome à Romans-sur-Isère. Un projet mené en 2022 par une promotion de seize élèves a permis de réduire de 17 % les rebuts de pièces usinées sur une chaîne de valves nucléaires, démontrant l’applicabilité immédiate des travaux universitaires.
Les filières d’ingénieur proposées par l’UTBM en 2026 se répartissent ainsi :
- Énergie — 180 diplômés par an, stages fréquents chez General Electric ou Framatome
- Informatique — 220 étudiants, partenariat avec l’IRT SystemX en cybersécurité industrielle
- Mécanique — cursus historique de l’école, ancré dans le tissu métallurgique local
- Mécatronique — 142 étudiants, projets de cobotique collaborative
- Génie industriel — formations en apprentissage, contrats avec PSA et Alstom
À retenir : le taux d’insertion professionnelle à six mois après un diplôme d’ingénieur UTBM atteint 94 % selon la Conférence des grandes écoles, un indicateur régulièrement mis en avant par l’établissement.
L’UTBM et les industries locales : un écosystème
Les collaborations entre l’UTBM et les entreprises du territoire se sont structurées autour de chaires industrielles et de laboratoires communs. La chaire « Turbomachines » lancée en 2012 avec General Electric a donné lieu à 14 thèses CIFRE et à trois brevets déposés. Le laboratoire ICB (Interdisciplinaire Carnot de Bourgogne) héberge une équipe de vingt chercheurs permanents qui travaillent sur les matériaux composites pour l’aéronautique. Ces projets sont financés à 60 % par des contrats privés et à 40 % par des appels d’offres régionaux ou européens. L’établissement participe également au pôle de compétitivité Microtechniques, qui regroupe 280 entreprises et génère un chiffre d’affaires cumulé de 1,8 milliard d’euros. En 2017, une convention cadre a permis à l’UTBM de co-diriger avec l’entreprise Exxelia un projet sur les condensateurs haute température destinés aux convertisseurs de puissance des futurs TGV. Ce partenariat a abouti à un composant testé à 250 °C pendant 8 000 heures sans dégradation notable.
D’autres acteurs ont rejoint l’écosystème. La société de services numériques Capgemini a ouvert en 2021 un centre de compétences à Belfort qui accueille chaque année une vingtaine de stagiaires de l’école. Les retours d’expérience montrent que 70 % des missions confiées portent sur la modélisation de flux de données industriels, un domaine où les compétences acquises à l’UTBM sont directement mobilisables. En 2023, une thèse cofinancée a abouti à un algorithme de détection d’anomalies en temps réel déployé sur trois sites de production de la région.
La vie étudiante à Belfort
Le campus de Belfort compte environ 2 400 étudiants, dont 18 % d’internationaux. Les résidences universitaires offrent 850 logements, mais la demande reste supérieure à l’offre depuis 2019. De nombreux étudiants choisissent de se loger à Belfort dans le parc locatif privé, notamment dans les quartiers de la Pépinière et des Glacis. L’association BDE organise chaque année le festival « Techno’Parc » qui réunit 3 000 participants et finance des projets humanitaires. Les clubs robotique et automobile participent régulièrement à des compétitions nationales, avec un budget annuel de 45 000 euros provenant de sponsors locaux. L’équipe de football américain des « Lions de Belfort » dispute chaque saison le championnat régional et a atteint les demi-finales en 2022 après une victoire 28-21 contre les Centaures de Grenoble.
Les initiatives culturelles se multiplient également. Le cinéma associatif « Le Méliès » propose des séances à tarif réduit le mercredi soir et a programmé, en 2023, un cycle consacré aux films scientifiques en partenariat avec le festival « Sciences en Lumière ». Plus de 1 200 étudiants ont assisté à au moins une projection durant l’année universitaire. Un partenariat signé en 2020 avec l’Opéra de Belfort permet par ailleurs à une trentaine d’étudiants par saison d’assister gratuitement à des répétitions générales.
De l’usine Alstom aux laboratoires de recherche
La reconversion du site historique d’Alstom illustre le passage d’une industrie de production à une industrie de savoir. L’usine de locomotives, fondée en 1879, employait encore 3 200 personnes en 2000. Après le rachat par General Electric en 2015, une partie des bâtiments a été réaménagée pour accueillir le centre de recherche en énergie de l’UTBM. Ce histoire industrielle d’Alstom à Belfort montre comment les compétences en soudure et en mécanique de précision ont été réorientées vers les turbines à gaz et les systèmes de stockage. Aujourd’hui, 180 ingénieurs travaillent sur le site dans des locaux partagés entre l’industriel et l’université. Les ateliers de chaudronnerie ont conservé une partie de leur outillage d’origine, notamment une presse hydraulique de 1 200 tonnes datant de 1964, désormais utilisée pour des essais de formage de tôles destinées aux nacelles d’éoliennes offshore.
Le transfert de savoir-faire s’est également opéré via des formations internes. Entre 2018 et 2023, 340 salariés d’Alstom ont suivi des modules de remise à niveau en programmation Python et en analyse de données prodigués par des enseignants de l’UTBM sur le site même de l’usine. Un ancien soudeur reconverti en data analyst a ainsi piloté en 2021 un projet d’optimisation des cycles de soudage qui a permis une économie annuelle de 180 000 euros.
Les enjeux de la reconversion industrielle du Territoire
Le Territoire de Belfort doit encore relever plusieurs défis structurels. Le taux de chômage des 15-24 ans reste à 18,4 % en 2023, supérieur à la moyenne régionale. La dépendance à deux ou trois grands donneurs d’ordre limite la résilience du tissu économique. Par ailleurs, la transition écologique impose des investissements importants dans la décarbonation des procédés industriels. Les acteurs publics ont lancé en 2021 un contrat de transition écologique doté de 42 millions d’euros, dont 9 millions sont fléchés vers des projets de formation continue à l’UTBM. Le plan prévoit notamment la création d’un démonstrateur de production d’hydrogène vert sur la zone industrielle de Bavilliers, dont les premiers essais sont programmés pour 2026.
Les élus locaux insistent également sur la nécessité de diversifier les profils recrutés. Une étude du Conseil économique, social et environnemental régional publiée en 2022 souligne que seulement 22 % des postes ouverts dans les entreprises partenaires de l’UTBM sont occupés par des femmes, un déséquilibre que l’école tente de corriger par des actions de sensibilisation dès le collège. En 2024, une classe préparatoire intégrée a accueilli pour la première fois 35 % de candidates féminines, un record pour l’établissement.
L’avenir industriel et technologique de Belfort
Les perspectives à horizon 2030 reposent sur le développement de l’hydrogène et de la mobilité électrique. L’UTBM coordonne le projet régional « H2DH » qui vise à former 300 techniciens et ingénieurs d’ici 2028. Une nouvelle chaire « Batteries et stockage » a été créée en 2024 avec le soutien de la région Bourgogne-Franche-Comté. Parallèlement, l’école développe un incubateur qui a déjà accompagné 22 startups, dont trois ont levé plus d’un million d’euros. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large de diversification du tissu économique régional de Franche-Comté. Le projet « H2DH » a déjà permis de signer des conventions avec quatre lycées professionnels du département afin de proposer des parcours de découverte dès la classe de seconde.
L’incubateur, baptisé « Belfort Tech Factory », a installé ses locaux dans l’ancienne caserne Vauban réhabilitée en 2020. Il propose aux porteurs de projet un accès à des machines-outils numériques et à des prestations de prototypage rapide facturées à prix coûtant. Deux des startups accompagnées ont déjà signé des contrats cadres avec des grands groupes régionaux pour des capteurs de pression hydrogène.
Comparatif : Belfort industriel hier et aujourd’hui
En 1975, l’industrie représentait 48 % des emplois du Territoire de Belfort. En 2023, cette part est tombée à 22 %, tandis que les services et la recherche ont progressé de 14 points. Le nombre d’étudiants en formation d’ingénieur est passé de zéro en 1998 à 2 400 aujourd’hui. Le salaire médian des jeunes diplômés de l’UTBM s’élève à 38 500 euros brut annuel, contre 27 000 euros pour les ouvriers qualifiés du secteur métallurgique en 1990. Ces évolutions traduisent un glissement vers une économie de la connaissance, même si les métiers manuels restent indispensables à la maintenance des infrastructures existantes. Les données de l’URSSAF montrent par ailleurs que le nombre d’entreprises de moins de dix salariés implantées sur le territoire a augmenté de 37 % entre 2015 et 2023, signe d’une vitalité nouvelle dans les services à l’industrie. Une enquête menée en 2023 auprès de 120 artisans locaux révèle que 62 % d’entre eux ont recruté au moins un jeune diplômé de l’UTBM pour des missions de numérisation de leurs procédés.
Conseil : pour les familles qui envisagent une installation à Belfort le temps des études, mieux vaut anticiper la recherche de logement dès le printemps, la demande sur le parc locatif privé dépassant régulièrement l’offre à la rentrée universitaire.
| Indicateur | 1975 | 2023 |
|---|---|---|
| Part de l’industrie dans l’emploi local | 48 % | 22 % |
| Étudiants en formation d’ingénieur à Belfort | 0 | 2 400 |
| Part des services et de la recherche | — | +14 points |
| Entreprises de moins de 10 salariés (2015→2023) | — | +37 % |
Guide pratique de la ville de Belfort
Pour les futurs étudiants et les familles qui envisagent une installation, le guide pratique de la ville de Belfort détaille les démarches d’inscription, les transports en commun et les équipements culturels disponibles. La gare TGV permet d’atteindre Paris en 2 h 40 et Strasbourg en 1 h 15, facilitant les stages et les mobilités internationales. Les commerces de proximité et les infrastructures sportives du stade Roger-Serzian complètent une offre qui rend la ville attractive pour une population étudiante en croissance. Les tarifs du réseau de bus Optymo permettent aux étudiants de circuler illimitément pour 15 euros par mois grâce à une tarification solidaire mise en place en 2018. La bibliothèque municipale, récemment agrandie, propose 180 places assises et un accès aux bases de données scientifiques via un partenariat avec l’UTBM. Depuis 2022, un service de navette nocturne a été ajouté les vendredis et samedis soir pour répondre aux besoins des résidents des quartiers périphériques.
Cette trajectoire, de la fermeture des ateliers ferroviaires à la naissance d’un pôle d’ingénierie reconnu, illustre une dynamique que l’on retrouve dans d’autres bassins industriels de Franche-Comté ayant dû se réinventer après le déclin de la métallurgie lourde. Belfort n’a pas seulement remplacé des emplois industriels par des emplois de service : elle a construit, autour de l’UTBM, un écosystème de recherche appliquée qui continue d’attirer des industriels, des chercheurs et des étudiants venus de toute la France et de l’étranger. Cette mutation reste indissociable du patrimoine bâti de la ville, entre la citadelle Vauban qui domine le centre historique et les anciens ateliers reconvertis en laboratoires, deux visages complémentaires d’un même territoire en perpétuelle adaptation.